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Décolonisons la pensée.

 
 
  • Kady

L’usage du terme « Villageois »


Ayant grandi en Afrique de l’Ouest, le terme « villageois » était un mot que j’entendais assez fréquemment dans mon entourage et qui me semblait totalement acceptable.

J’ai commencé à questionner l’usage de cet adjectif qualificatif après avoir lu « Aphro-ism: Essays on Pop culture, Feminism, and Black Veganism from Two Sisters » des sœurs Ko - que je vous recommande fortement.


Credits : Association Visa Verveine pour Passakongo

Un exemple très simple pour illustrer ce terme est la comparaison des accents. Il est très fréquent en Afrique de l’Ouest d’entendre des personnes traiter de « villageois » une personne ayant un accent ou une manière de s’exprimer considérés justement comme « villageois.e ». Un accent considéré comme plus « civilisé » est un accent proche de ce que l’on définit comme « moins marqué » et plus Français* - l’accent Français étant donc le référentiel dans ce cas précis.

Par conséquent ces accents considérés comme plus « marqués » et qui sont souvent le reflet de dialectes propres à certaines régions Africaines sont considérés comme « villageois » et donc inférieurs.




Ces individus ayant « moins d’accent », vivant en ville, ayant fait des études, ayant des comportements plus « civilisés » et j’en passe se considèrent par conséquent « supérieurs ».

Mais qui sont ces personnes ayant un accent « villageois », vivant parfois à la campagne, n’ayant souvent pas fait d’études et ne se comportant pas de façon dite « civilisée » ?

Elles sont entre autres détentrices de traditions ancestrales, quasiment perdues dans les villes aujourd’hui – ex : la médecine traditionnelle par les plantes. Elles vivent dans des zones où la pollution est presque inexistante, et n’ont pas à courir du matin au soir afin de ne pas manquer leur métro, suite à une journée de 10 heures qu’elles ont passé enfermées dans un cubicule. De plus, elles ne sont pas en dette de 50.000 euros avant même d’avoir commencé à travailler.




Par conséquent je me demande en réalité si ces personnes sont réellement « inférieures » ou même moins intelligentes que celles qui se considèrent comme plus « civilisées » ?

Au final ce terme est utilisé de façon à classifier ce que les gens considèrent comme « civilisé » ou acceptable et ce qu’ils considèrent comme « villageois » ou en d’autres termes, presque inacceptable en société.

Il est important de réaliser que la signification de ces termes dans le contexte que j’évoque sont définis en fonction d’un référentiel eurocentré. Ceci explique pourquoi les personnes agissant d’une façon qui est éloigné de ce référentiel sont considérées comme « villageoises » par une population qui, dans le cas de l’Afrique de l’Ouest, a elle-même été majoritairement colonisée par ce même référentiel. Cela n’a donc aucun sens selon moi. Pourquoi ne pas décider que ce référentiel n’est pas valide dans un contexte Africain?

Je ne suis pas en train de juger les personnes qui utilisent ce terme car je l’ai moi-même utilisé pendant des années. C’est en me rendant compte de la nature du référentiel que j’ai réalisé la présence d’un colonialisme de ma pensée, puisque je considérais que ce qui ne rentrait pas dans le moule eurocentré était « villageois », sans même m’en apercevoir.

Une décolonisation de la pensée peut potentiellement nous permettre de retirer des chaines qui semblent nous avoir enfermer dans une réalité basée sur un référentiel biaisé.




* pour la partie francophone de l’Afrique de l’Ouest.

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