Green Leaves

Miiri

Décolonisons la pensée.

 
 
  • Maël

Obama n'est pas noir.

Credit photo Martin Schoeller

Barack Obama a marqué le début d'une nouvelle ère : il y a tout juste une vingtaine d'années, il était impensable qu'un noir - ou plutôt métis - soit à la tête de la plus grande nation du monde.

Il souligne dans le même temps que l'image des métis à travers les médias reste floue, peu considérée et surtout qu'elle n'a pas évoluée.


Par métis, je considère ici uniquement les personnes issues d'un couple mixte noir/blanc. Il existe un grand nombre de métissages, mais ce n'est pas le sujet du jour.


Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de la condition des personnes qui ont un parent noir et un autre blanc. Ceux dont le mélange dérange par son caractère pluriel et indivisible dans un monde divisé et catégorisé. Ceux qu'on ne considère que très rarement à part entière. Les hybrides, les mélangés, les "non-identifiés". Ceux-là.


Que ce soit à travers les médias ou dans la vie quotidienne, nous vivons dans un monde dans lequel il y a, pour (vraiment) schématiser, d'un côté les communautés noires et de l'autre les communautés blanches. Des églises pour noirs, des églises pour blancs, des écoles à tendance blanches, d'autres à tendance noires. 


Et les métis dans tout ça ?


Les métis - bâtards à l'époque - ont longtemps été associé au fruit de viols entre colons blancs et esclaves noires. Ces petits sang-mêlés, détestés par les noirs et rejetés par les blancs devaient-ils se sentir esclaves ou maîtres ? Libres ou enchaînés ? Telle était la question, leur question, existentielle, celle de savoir à quel groupe appartenir, comment se conduire, qui imiter pour pouvoir évoluer ?


Quelques centaines d'années plus tard les blancs, contraint de rendre la liberté aux esclaves noirs devant le nombre croissant de mutineries et contestations, n'ont jamais vraiment abandonné leurs privilèges. Un pseudo équilibre s'est créé, mais les deux clans ne se sont jamais mélangés. Certains noirs ont réussit à accéder à une vie modeste mais les blancs ont toujours été au-dessus. En fait, c'était une liberté déguisée. 


Le petit métis se demandait alors s'il devait entrer dans les toilettes destinées aux blancs ou celles destinées aux noirs. S'il pouvait entrer dans ce restaurant, s’asseoir à cette table. Aller à l'école des blancs ou à l'école des noirs ? En fait, il ne comprenait pas grand chose, car son père et sa mère n'avaient pas les mêmes droits. Il ne comprenait pas pourquoi. Pourquoi ses parents ne pouvaient pas se marier, se montrer, s'aimer.


Au fur et à mesure, il a commencé à comprendre qu'on ne voyait que du noir en lui, alors, petit à petit, il a fait taire sa partie blanche. Reniée, enfouie au plus profond de lui pour finalement l'a tuer. Le petit métis est devenu noir. Il est fier et beau, car il se sent enfin accepté. On le considère comme tel, il a enfin trouvé à quel groupe appartenir, comment se conduire, qui imiter pour pouvoir évoluer. Un groupe qu'il n'a pas choisi, puisqu'on lui a imposé. Mais qu'importe, de l'autre côté, on voulait le tuer. Ces demi-frères blancs l'ont rejeté car une goutte de sang noir coulait en lui.


Les médias ont le pouvoir 


De nos jours, les journalistes utilisent très rarement le terme "métis", pour parler des métis. Ça ne choque personne quand ils disent qu'Obama est noir, tout simplement parce qu'ils le disent depuis des décennies, que les métis sont noirs. C'est un fait : les métis ont été, sont et seront encore longtemps considérés comme des noirs en occident.


Obama explique dans une interview à un journaliste qui lui fait remarquer que, son père kényan ayant quitté le domicile quand il avait deux ans, il a grandi avec sa mère et ses grands-parents maternels, dans un environnement essentiellement blanc. 

A la question : 

"A un moment, vous avez décidé que vous étiez noir ?"

Obama répond :

"Hé bien, je ne suis pas sûr que je l'ai décidé… Je pense, vous savez, que si vous avez l'air afro-américain dans cette société, vous êtes traité en afro-américain."

Imaginez si les journalistes commençaient à utiliser régulièrement le mot "métis" à la télévision, dans les journaux et à la radio... les gens seraient habitués et l'utiliseraient naturellement. Même schéma pour les films, plus particulièrement les dessins animés. Vous connaissez beaucoup de princesses métisses ? Ou de héros ? Les parents représenteraient pourtant les deux grands groupes de notre société, et cela transmettrait des valeurs importantes dès l'enfance : la tolérance, le respect et l'acceptation des différences... Beaucoup de gens ne réalisent pas à quel point il est déstabilisant pour un enfant métis d'être sans arrêt tiraillé entre deux groupes, parfois même rejeté. 


En France, on parlera "d'afro-descendant, issu de l'immigration", de "blacks", de "renois"... Tout sauf de métis. La plupart des gens ne voient pas la différence, ils se disent : "De toute façon, ils sont comme les noirs, je ne vois vraiment pas la différence ! Ils traînent qu'avec les noirs, ils se comportent comme eux, c'est la même chose". Elle a peu d'importance pour les autres, cette différence, mais est significative pour la plupart des métis. Ce n'est pas du tout un acharnement à ne pas vouloir être considéré comme des noirs, non ! C'est un souhait, celui d'être considéré pleinement, entièrement, ne pas être sans arrêt coupé en deux négligemment, comme une vulgaire part de gâteau.  


Certains métis ont des traits plus proche des blancs, et sont alors considérés comme des blancs, dans certains cas. Par exemple, en Afrique noire, on considère les métis comme des blancs, de la même façon qu'on les considère comme des noirs en occident. Selon moi, le problème reste le même. Que ce soit d'un côté ou de l'autre, les intentions ne changent pas : catégoriser, diviser, faire entrer dans un moule unique, ne pas admettre le fait qu'une personne puisse appartenir à son propre groupe mais aussi à celui de l'autre. L'instinct naturel des Hommes fait qu'ils cherchent à se regrouper entre semblables, certes, mais je pense qu'il est trop facile d'appeler chien un chat en connaissance de cause.


Témoignages


Voici quelques témoignages de personnalités métisses que j'ai trouvé, je trouve qu'ils illustrent bien la situation des métis aujourd'hui.


"Quand je vivais dans le quartier noir, nous n'étions pas aimés parce que ma mère était blanche. Dans le quartier blanc, ils ne m'aimaient pas parce que j'étais noire. A partir de ce moment j'ai essayé de devenir ce que je pensais que les gens voulaient que je sois."

Halle Berry

Actrice 

Afro-américaine / Anglaise-Allemande



"Beaucoup d'enfants en grandissant ne savent pas à quel groupe ils appartiennent. Leur identité n'est ni blanche ni noire. J'ai parfois eu du mal à savoir dans quel groupe j'appartenais."

Melanie Brown

Chanteuse (ex-Spice Girls) 

Antillaise (Névis) / Américaine


"[...]  Des gens ont tenté de me blesser avec leur ignorance mais je n'ai jamais été atteint. Au contraire. Quand je suis arrivé en pension, à Nice, à l'âge de 12 ans, on m'appelait "Bamboula" ça ne me touchait même pas ! Pour moi, c'était comme si on me disait "barbu!". Je suis né de l'amour d'un Noir et d'une Blanche. J'ai grandi en regardant mes parents s'aimer. J'ai grandi dans l'optimisme. Mon métissage, c 'est ma richesse. C'est l'autre qui n'a pas cette ouverture d'esprit. Mes enfants ont du sang suédois, américain, français, africain...Ils sont ouvert au monde, aux cultures, aux religions. Il est inimaginable qu'ils deviennent racistes. Je suis le porte-parole de la France métissée"

Yannick Noah

Joueur de tennis et chanteur 

Franco-Camerounais


Certains trouveront que c'est ridicule d'en faire tout un plat, tout simplement parce qu'ils n'ont jamais eu à se poser la question, se demander s'ils étaient plutôt noir ou plutôt blanc ou s'ils ressemblaient plus à leur père ou à leur mère. 


Il est évident que certains métis ne se posent même pas la question et ne ressentent pas le besoin d'être appelé "métis" mais, selon moi, une grande majorité a vécu au moins une fois un malaise, un rejet ou du moins a réfléchis à sa "condition" de métis.


Pour finir, j'aimerais partager avec vous le passage d'un livre que j'apprécie beaucoup. L'auteur fait une belle description, assez imagée, des métis :

" [...] Le petit est beau comme le sont les métis, quand ils choisissent ce qu'il y a de plus fin dans les deux races; quand ils font l'addition des extrêmes dans les deux races et divisent la somme par deux. Et ça vous donne des lèvres ni minces comme des pelures de patates, ni épaisses comme des pavés de rumsteck, des nez ni en lame de scie ni en patate aplatie, des oreilles calibrées, un teint de bronzé permanent."

"Je suis noir et je n'aime pas le manioc", Gaston Kelman (2003)


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Maël.


#barackobama #métis #racisme

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